Prisonniers d'Etat sous Vichy

Christophe Lastécouères

Georges Mandel, Léon Blum, Edouard Daladier, Paul Reynaud et le général Gamelin ont été emprisonnés par Vichy pendant plus de deux ans à partir de l'été 1940 ; Jean Zay, quant à lui, a passé toute la guerre en prison jusqu'à son exécution. A partir de sources largement inédites, cet ouvrage reconstitue de façon détaillée et concrète l'évolution des conditions d'enfermement et de transfert de ces personnalités, figures emblématiques de la vie politique nationale de la IIIe République. Il retrace minutieusement les dérives du régime de Vichy et de sa justice pour mettre en évidence le moment où celle-ci se mue en justice d'exception, avec la complicité d'une magistrature sous influence, à l'image du parquet général de la Cour suprême de justice de Riom. Vichy introduit par exemple un dispositif subtil qui consiste à accorder à ces personnalités, afin de mieux les discréditer, nombre de privilèges qui sont ensuite dévoilés à l'opinion publique, et inaugure par ailleurs un mode d'enfermement particulièrement anxiogène, fait de vexations et de déplacements imposés… Lire la suite

352 pages | Couverture brochée en couleurs | Format: 210x140

Christophe Lastécouères
Né en 1971, agrégé d'histoire, Christophe Lastécouères est professeur d'histoire contemporaine à l'université Bordeaux Montaigne, où il a dirigé le département d'Histoire jusqu'en 2015.

A propos de l'auteur

Christophe Lastécouères
Né en 1971, agrégé d'histoire, Christophe Lastécouères est professeur d'histoire contemporaine à l'université Bordeaux Montaigne, où il a dirigé le département d'Histoire jusqu'en 2015.

Chapeau

Le régime du maréchal Pétain emprisonna ceux qui incarnaient la République, affichant par là-même sa véritable nature.

Extrait

« Léon Blum, Édouard Daladier, Guy La Chambre, Georges Mandel, Paul Reynaud, Jean Zay et Maurice Gamelin : six ministres de la Troisième République, et un généralissime de l'armée française. Dès septembre 1940, ces hommes ont été privés de liberté par le régime de Vichy avant d'être, pour certains, livrés à l'Allemagne nazie. Les historiens se sont peu intéressés à leur cas, sauf pour étudier le procès de Riom, annoncé par le maréchal Pétain comme le plus grand procès de l'histoire et interrompu à la demande de Hitler en avril 1942, ou pour évoquer la fin tragique de Mandel et de Zay, tombés sous les balles de la Milice à l'été 1944. On peut comprendre leur embarras. En quoi le sort d'une poignée d'individus est‐il différent de celui des 4 000 prisonniers politiques livrés à l'Allemagne à partir de mars 1944 et, a fortiori, de celui des 86 000 déportés de France à la suite de mesures de répression1 ? […]Aucune affinité politique n'existe, par ailleurs, entre ces hommes. Certes, Blum, Daladier et Reynaud sont d'anciens présidents du Conseil. Mais si Blum et Daladier ont conçu ensemble la stratégie du Front populaire pour les élections législatives d'avril‐mai 1936, Daladier et Reynaud ne s'apprécient pas du tout : le premier reproche au second d'avoir fait chuter son gouverne‐ ment, en mars 1940. La chute de Daladier brise par ailleurs la carrière de Guy La Chambre, qui a succédé à Pierre Cot au ministère de l'Air en 1938. Les Français, du reste, le connaissent autant pour son mariage avec une chanteuse à la mode, Cora Madou, que pour son action politique. Le départ de Daladier fragilise également le pouvoir du chef d'état‐major général de la Défense nationale, Gamelin, en poste depuis jan‐ vier 1938, dont Reynaud se méfie. Quant à Blum, le souvenir de son grand ministère du Front populaire, tombé en juin 1937, est déjà lointain. Depuis le mois de septembre 1938 et la signature des accords de Munich, il n'exerce plus de fonction ministérielle. Jean Zay, en revanche,

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